Un jour de congé pour la mort de son animal : pour ou contre ? 

En 2021, Wamiz propose un jour de congé payé pour le décès d’un animal, mais l’initiative reste relativement discrète. En 2024, la SPA adopte une mesure similaire et béénficie d’un impact médiatique bien plus large grâce à son statut d’acteur majeur de la protection animale. Tout ceci déclenche un débat national sur le deuil animalier et inspire d’autres entreprises.

Pour le contexte, le Code du Travail ne prévoit pas de journée accordée pour le décès de son animal de compagnie. Sans une clause qui prévoit un jour de congé pour le décès de son animal dans la convention ou les accords d’entreprise, il n’y avait jusqu’à présent que deux solutions : faire tomber ça sous le joug de l’urgence personnelle, ou bien …. aviser…

Alors, un jour de congé pour pleurer son animal de compagnie ? On explore un peu la thématique à travers les contre-arguments majeurs qu’on a pu entendre passer ici à la rédaction de Mort Animal.


Argument n°1 : “Son poisson et sa grand-mère, ce n’est pas pareil”

Les plus sarcastiques d’entre nous pourraient répondre que non, ce n’est pas pareil : “Mon poisson est là tous les jours, ma grand-mère, je la vois tous les deux ans, et elle ne se souvient plus de moi.”

Mais… répondons de bonne foi.
Non, ce n’est pas pareil. Non, ce n’est pourtant pas si simple.

Dans un premier temps, les termes de “famille” et de “proche” sont compliqués à définir. Beaucoup de personnes n’ont pas de liens forts avec leur famille légitime. Beaucoup également se sont créé une famille sur mesure. Et parfois, dans cette famille choisie, eh bien oui, il y a des animaux.

L’argument parle de poisson, et on sait pourquoi. Pour creuser le gouffre. Parce que même les gens qui n’ont pas de lien proche avec un animal particulier peuvent comprendre qu’on ait une relation forte avec son chien, voire son chat, et qu’on pleure sa perte. Mais un grand nombre de personnes ne conçoit pas ça pour un reptile, un rongeur ou un poisson.

Il est important de préciser qu’on peut effectivement tisser des liens forts avec un animal, quelle que soit l’espèce, quelle que soit sa taille. Et il est dans tous les cas impossible de faire une distinction. L’alternative aurait été d’accorder un jour de congé pour la perte d’un chien ou d’un chat, mais pas pour les autres animaux ? C’est un non-sens.

Par ailleurs, il y a un élément qui est souvent oublié dans ce débat : le poisson et la grand-mère, ce n’est pas pareil. Le poisson et le chat non plus. Mais ce n’est pas une histoire de lien d’affection. C’est une histoire de procédure et de démarches. 

Si c’est vous qui devez gérer les obsèques de votre grand-mère, vous aurez forcément besoin de courir à droite à gauche. Vous aurez besoin de votre jour de congé. Eh bien, pareil pour un chien ou un rongeur. Il faut déclarer la mort de votre animal, le déposer chez le vétérinaire, préparer une cérémonie, remplir de la paperasse. Même une cérémonie informelle pour un animal comme le poisson (qui reste un animal peu soumis aux contraintes administratives) demande un peu de temps et de manipulations. Quand c’est un Saint-Bernard de 45 kg, je vous laisse imaginer. 

Et il y a parfois des enfants à gérer. Le poisson, vous n’y teniez peut-être pas vous, mais pour eux, c’était un ami.


En gros, qu’on le veuille ou non, il FAUT un peu de temps pour gérer le décès d’un animal, que ce soit émotionnel ou purement administratif. 


2 – Argument n°2 : “Ça coûte cher aux entreprises”

Un jour. 8h. Un employé reste en moyenne 5 ans dans la même boîte. Il faut que la personne ait un animal. Qui décède à cette période. Même avec 100 salariés, combien de journées de ce type vont accorder les entreprises ? 1 tous les dix ans ? 5, même 10 ?

Vous voyez où on veut en venir ? Ce n’est pas la semaine de 4 jours. C’est vraiment anecdotique. Si votre entreprise ne peut pas survivre à ça, si vous n’êtres pas en mesure de lisser la charge de travail d’une personne qui a besoin de reprendre ses esprits pendant une journée… votre entreprise a un réel problème. Et nous ne parlons pas encore de culture d’entreprise, mais purement de fonctionnement intrinsèque. Il faut revoir vos process, les amis.

Ensuite, une personne mal dans sa peau, dans sa tête ou ses baskets, voire carrément effondrée, ne sera pas productive. Si elle bosse, au mieux, elle bossera à moitié. Au pire, elle fera des erreurs qui coûteront encore plus cher à réparer que la journée qu’elle aurait prise.

Accorder une journée off, c’est un “risque” calculé.

Enfin, un employé qui peut prendre librement une journée off quand ça ne va pas, sans subir de représailles, et en plus pouvoir dire librement à son patron que c’est pour son animal… C’est un employé qui évolue à priori dans un environnement sain et qui s’y sent bien. C’est donc un employé qui est d’office plus productif et qui vous rendra ce jour fois mille. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est la science.


Remarque 

Pour ceux que ça intéresse, on a essayé de faire de vraies stats, et on était pas loin du compte !

  • Environ 50% des foyers en France possèdent au moins un animal (source : FACCO 2022).
  • Espérance de vie moyenne des animaux de compagnie : chiens : 10 à 13 ans, chats : 12 à 15 ans, petits rongeurs : 2 à 5 ans, poissons : 1 à 10 ans selon les espèces.
  • Mortalité annuelle moyenne de 8 à 10% des animaux de compagnie.

Si 50% des employés ont un animal et qu’environ 10% de ces animaux décèdent chaque année, cela revient à 5% des employés par an susceptibles de demander un jour de congé pour cette raison.

Si un employé reste en moyenne 5 ans dans une entreprise, on peut multiplier le pourcentage annuel par cette durée pour estimer le total d’incidents probables.

=> Sur 5 ans, environ 25% des employés pourraient demander un jour de congé pour la perte d’un animal.

=> Pour une entreprise de 100 salariés, c’est donc 25 employés sur 5 ans, donc 5 jours de congé par an en moyenne.

À titre de comparaison, une personne est susceptible de perdre un proche en moyenne tous les 2 à 3 ans. Si chaque salarié perd un proche tous les 2 à 3 ans :

  • Pour 100 salariés, cela représente environ 40 décès par an.
  • Si un congé de 2 jours est accordé pour chaque décès (comme souvent prévu pour les décès d’un parent proche), cela représente 80 jours de congé par an pour l’ensemble de l’entreprise.


3 – Argument n°3 – “Certains vont en profiter.”

Tout le monde peut potentiellement profiter de tout, tout le temps. 

René profite peut-être de sa pause café pour piquer deux-trois dosettes pour la maison.

Martine a profité de votre absence vendredi pour prendre une pause clope de plus. 

Corentin a peut-être exagéré son rhume et son arrêt maladie de 5 jours en mai.

Cependant, est-ce que ça va arriver ? Est-ce que ça sera si grave que ça ? Soyons rationnels : 


Déjà, une personne qui gratte un jour pour la mort de son animal ne le fera qu’une fois. On peut faire bien pire avec les arrêts de travail. 

C’est aussi bien plus simple, avec les arrêts de travail. Donc pas dit qu’un ou une opportuniste s’amuse à se créer un faux animal de compagnie pendant 3 ans,pour ensuite annoncer son décès et frauder un jour de congé.

Ensuite, une personne qui en est à mentir sur la mort d’un vrai animal de compagnie pour un jour de congé :

  • soit c’est vraiment une personne dont vous ne voulez pas dans votre entreprise. Identifiez-la, c’est parfait, vous n’avez rien perdu. 
  • soit votre environnement de travail est si mauvais qu’on doit mentir pour souffler un peu et prendre un moment pour soi. Identifiez-vous, sinon vous allez effectivement perdre de bons employés, et ça, ça vous coûtera cher.
  • soit elle a vraiment un problème sur le moment, elle perd pied, perd son jugement, fait n’importe quoi. Ça arrive, et c’est une occasion de parler à votre employé et de créer de nouveaux liens.

On rappelle également qu’il est depuis longtemps établi et (é)prouvé que « temps de travail » ne signifie pas nécessairement « productivité ». 

Donc certains vont en profiter ? Oui, peut-être. Et encore, ça reste à voir. 

Mais vous savez quoi ? Certains ne le prendront même pas, ce jour de congé. Ça compensera.


4 – Argument n°4 – “Encore une connerie woke !”

Oui, et ?

Souvent aussi, on a la version complète :
“Encore une connerie woke. Et c’est quoi la suite, autoriser… [insérez un truc qui relève de la décence basique qu’on devrait accorder aux humains ]?”

En fait, ce type de personne veut râler sur la nouveauté et sur les avancées sociales quoi qu’il en coûte. Pas besoin de perdre de l’énergie à argumenter. 🙂

5 – Argument n°5 – “Les entreprises font ça pour se faire bien voir.”

Là aussi : oui, et ?
Même si c’est vrai ?

Faisons une analogie : les consommateurs ont le pouvoir sur les entreprises. 

Est-ce que les marques sont plus inclusives pour continuer à générer des bénéfices ?

Peut-être, parfois. Mais au final, il y a plus d’inclusivité dans les produits sur le marché.

Ici, les salariés ont le pouvoir sur les employeurs et sur l’évolution qu’ils veulent voir dans la culture d’entreprise. 

Est-ce que les employeurs ont foncièrement envie d’accorder un jour de congé pour la perte d’un animal ? 

Peut-être pas. 

Mais ça plaît à la nouvelle génération, qui a dans tous les cas la main pour fixer les règles pour les années à venir. 

Alors, oui, on peut entendre l’argument : la démarche n’est pas forcément complètement sincère. Il est vrai également que cette espèce de mode de donner l’illusion d’une culture d’entreprise super chouette avec babyfoot, afterwork et jour de congé pour décès de son animal, c’est souvent un voile d’illusion. Les employés ne seront pas forcément bien traités au quotidien pour autant.

Mais là aussi, l’alternative, c’est quoi ? Ne garder que l’afterwork et le barbecue ? Autant donner une impulsion positive à une évolution des conventions d’entreprises au passage, non ?

(PS : On a envie qu’elles soient bien vues, ces entreprises, alors on va les aider. Dans cette article, la liste complète des entreprises qui accordent un jour de congé pour le décès de son animal de compagnie)


Bon, vous l’avez bien compris : ici, à Mort Animal, on est carrément pour !

Et vous, pour ou contre ?